Histoire de Blendecques

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Jehan de Terline

Né le 21 juillet 1892, Jehan De Terline appartenait à une vieille famille noble : les Macquart de Terline. Il résidait au domicile de ses parents, au château, à Blendecques. On le présentait comme un garçon svelte, bien que de santé assez fragile, à l'allure élégante et souple, les cheveux blonds soyeux, les traits fins, la physionomie douce.

Jehan de Terline avait fait une partie de ses études au collège Saint-Bertin de Saint-Omer (où un monument à sa mémoire devait être inauguré le 21 juin 1925). Bachelier es-sciences, il s'était engagé au 21ème régiment de Dragons de Saint-Omer.

A la déclaration de guerre, il fut mobilisé au 9ème régiment de cuirassiers. En mai 1915, il demandait à être versé dans l'aviation et on l'envoya au camp d'Avord. Il avait été dès l'enfance, interressé par les avions.

A la déclaration de la guerre, Jehan De Terline avait été pris d'une véritable fureur patriotique qui devait le mener jusqu'au sacrifice.

Voici l'histoire de Jehan De Terline :

"Restaient, face à face, l'Albatros chargé de deux passagers et le Nieuport, piloté par la maréchal des logis Macquart de Terline, vingt-quatre ans, anciens cuirassier, héros modeste autant qu'habile et audacieux. Deux fois cité pour de nombreux exploits, et, depuis quelques jours, décoré de la Médaille Militaire pour avoir abattu un folkker, digne émule des Nungesser, des Guynemer, ..., sur les traces desquels il volait.

La veille, il avait devant ses camarades et sans fanfaronnade, dit simplement : "Si ma mitrailleuse s'enraye, je rentre dans les Boches". Et parmi ces jeunes gens, où l'héroïsme est monnaie courante, cette folie n'avait pas paru vantardise.

Le voilà donc à l'épreuve maintenant. Pour ces coeurs hauts placés, les mots enferment et emportent avec eux l'acte; sous lui, à 20 mètres à peine, l'avion de l'allemand fuit à grande vitesse. Sa mitrailleuse est muette, car il est trop tard pour songer à arrêter la fuite éperdue de l'adversaire. Le Boche va s'échapper. Le Français voit le géant aux cheveux roux qui braque sur lui une petite gueule noire, d'où sortent de courtes flammes et qui menace de le fusiller à bout portant.

Il voit ses deux camarades blessés tourbillonner et tomber, il reste seul face à l'ennemi. Alors, sans hésiter, dans un élan de froide résolution et d'héroïsme, Macquart De Terline, visant le gouvernail de l'albatros, pique subitement et entre dans son adversaire. Que se passa-t-il alors ? Nul ne le sait exactement. Le Boche terrifié de voir fondre sur lui la mort inévitable, a-t-il fait un brusque mouvement en déplaçant son appareil ? Le choc a lieu, inévitable; un craquement, c'est la chute fatale. Accrochés l'un à l'autre, les deux oiseaux tombent maintenant.

Puis les deux avions se séparent, comme si, après une mutuelle étreinte, le Français voulait finr seul. Ceux qui suivent à la lorgnette l'horrible drame peuvent apercevoir quelque chose d'encore vivant qui se dresse dans les débris. Plus rapides à mesure qu'elles approchent du sol, les deux masses vont s'abattre l'une de l'autre, dans la tourbe tranquille.

Comme des fous, les spectateurs se sont précipités en criant devant ces débris tragiques et ces cadavres disloqués. Tous les poilus qui s'y connaissent en courage se découvrent, car ils comprennent qu'ils sont devant quelqu'un de grand, devant quelque chose de beau.

Voilà ce qu'a fait le maréchal des logis Macquart De Terline, que tous ses camarades pleurent et envient."

Jehan De Terline fut l'objet d'une troisième citation à l'ordre de l'armée : "Déja cité à l'ordre de l'armée, et décoré de la Médaille Militaire pour avoir abattu un folker le 2 juillet 1916 et un aviatik le 6 juillet 1916; il est mort en héros, le 27 juillet 1916, au cours d'un combat aérien. Ayant épuisé ses cartouches à bout portant et voyant son adversaire sur le point de repasser les lignes, l'a abordé à une altitude de 3000 mètres et l'a précipité sur le sol en l'entraînant dans sa propre chute".

La ville de Châlons-sur-Marne (lieu du face à face), délivrée des attaques de l'avion ennemi a témoigné sa reconnaissance à Jehan De Terline en donnant son nom à l'une de ses rues. Cette décision fut portée officiellement à la connaissance de la IV Armée par l'Ordre Général numéro 628, signé du Général Gouraud, le 9 août 1916.

La ville de Blendecques a tenu à rendre aussi le même hommage à l'un des plus glorieux de ses enfants. La croix de la Légion d'Honneur lui fut attribuée à titre posthume le 11 novembre 1921, avec la citation suivante :

"Pilote de chasse d'une bravoure héroïque, sublime exemple de dévouement le plus absolu, le 27 juillet 1916, voyant deux de ses camarades qui attaquaient avec lui un avion ennemi, tomber désemparés, s'est précipité sur son adversaire et l'a entraîné avec lui dans sa chute".